Culture Agile · Chapitre 06 sur 9

Le rôle de Product Owner On regarde Kniberg ensemble, et on complète sur ce qu'il ne traite pas

Support PO in a Nutshell, 15 min 51 Format visionnage puis compléments

Point de départ. La vidéo de Henrik Kniberg présente le rôle en 15 minutes. Ce chapitre en reprend les idées, puis précise d'où vient l'intention du PO et ce qui se passe quand un développeur tient aussi ce rôle.

À la fin de ce chapitre

  1. Dire ce que le PO décide et ce qu'il ne décide pas.
  2. Dire d'où vient l'intention d'un PO, et nommer les sources qu'il écoute.
  3. Nommer la tension entre le point de vue produit et le point de vue technique, et dire à quoi elle sert.
  4. Dire ce que le cumul dev et PO concentre, et quel biais il installe.

Le rôle en 15 minutes

La vidéo de Henrik Kniberg donne une vue d'ensemble claire du rôle.

Agile Product Ownership in a Nutshell, Henrik Kniberg, 2012. Sous-titres français disponibles.

Ce que la vidéo traite

Le PO et sa vision, les parties prenantes, la capacité de l'équipe, la file d'attente qui grossit et le mot « non », la valeur qui ne dépend pas de la taille, l'affinage du backlog, les trois compromis, la prévision par les deux droites de tendance.

« The most important job of the product owner is to decide what NOT to build, and taking the consequences of that decision. » Henrik Kniberg

D'où vient l'intention du PO

Premier complément. La vidéo commence par la vision, et n'explique pas comment elle se forme.

Kniberg présente Pat en disant qu'elle a une vision du produit qui la passionne. La vision est là dès la première image, elle vient d'elle.

Ma lecture est un peu différente. L'intention d'un PO se construit en écoutant quatre sources qui ne disent pas la même chose :

SourceCe qu'elle pousseCe qu'elle voit mal
Les développeursce qui est faisable, ce qui tient dans le tempsce dont l'usager a besoin
Le Product Managerle marché, la position, le modèle économiquele coût réel de construction
Les parties prenantesleur besoin à elles, en premierl'ensemble des autres besoins
Les personnes usagèresce qui les gêne aujourd'huice qui les aiderait demain

Ces quatre positions sont en tension légère et permanente. Aucune n'a tort. Le travail du PO est de les écouter assez longtemps pour que son intention se forme, puis de trancher.

Un PO qui arrive avec son idée déjà faite se prive de ces quatre sources. Il décide vite, et il décide seul.

Quand un développeur tient le rôle de PO

Dans une petite équipe, le rôle de PO est parfois tenu par un développeur. Cette configuration mérite une attention particulière.

Deux façons de penser

Réflexe de développeurPosture de PO
Première questioncomment on le construit ?quel problème on règle ?
Ce qu'on cherchela faisabilité, la qualité techniquela valeur, la priorité
Rapport à la solutionon en imagine une tout de suiteon retarde le moment d'en choisir une

Les deux façons de penser sont bonnes, chacune à sa place. Un développeur qui pense en solutions fait bien son travail. Un PO doit rester sur le problème plus longtemps que ça ne lui est naturel. Et, ça créé une tension tranquille et bénéfique entre les deux rôles.

Ce que le cumul concentre

Le cumul réunit deux pouvoirs différents dans la même personne : décider ce qu'on fait, et participer à décider comment on le fait.

Il y a une tension saine entre les rôles Scrum. Le PO tire vers construire la bonne chose, l'équipe tire vers bien la construire. Quand une seule personne tient les deux bouts, cette contradiction se règle dans sa tête, et elle ne se voit plus.

Le risque, formulé précisément

La compétence n'est pas en cause. Un développeur peut faire un très bon PO.

Le risque est un biais de perspective : regarder le produit depuis ce qu'on sait construire, plutôt que depuis ce qu'il serait pertinent de construire.

La condition pour que ça marche est un vrai changement de posture, pas un cumul de casquettes. Concrètement : quand il travaille en PO, il ne parle pas d'implémentation, et il laisse l'équipe proposer les solutions.

Réflexe à examiner « Une PO qui ne sait pas coder ne comprendra jamais nos contraintes. »

D'où il vient : d'expériences réelles avec des demandes irréalistes, et du sentiment que la technique n'est pas prise au sérieux.

Ce que le rôle demande : le PO n'estime pas, il écoute les estimations. L'estimation appartient à l'équipe. Ce qu'il doit comprendre, c'est qu'une story coûte cher, pas pourquoi elle coûte cher.

Ce que le PO décide, et ce qu'il ne décide pas

Le PO décideLe PO ne décide pas
ce qui entre dans le backlogcomment c'est construit
ce qui n'y entre pascombien de temps ça prend
l'ordre des élémentsce qui tient dans un sprint
quand on arrête un produitla qualité technique

La colonne de droite est celle qui pose problème aux dirigeants. Un PO à qui on demande de garantir un délai fait un travail qui n'est pas le sien, et il le fait mal, parce qu'il n'a pas les éléments.

La responsabilité de la date passe par l'arbitrage du périmètre, détaillé dans « Estimer n'est pas s'engager ».

Le PO et le Product Manager

Les deux titres circulent, parfois pour la même personne. Une répartition courante : le PM regarde vers le marché, le PO regarde vers l'équipe. Le PM décide sur quel problème on se place, le PO décide ce qu'on construit cette semaine pour le régler.

Dans une petite structure, une seule personne tient souvent les deux. Les deux regards portent sur le produit, avec des horizons différents.

Pour aller plus loin