Culture Agile · Chapitre 03 sur 9

Écrire peu, se parler Ce qu'une User Story remplace, et ce qu'elle demande en échange

Sujet User Story contre spécification technique, les 3 C Source Ron Jeffries, 2001 · Mike Cohn, User Stories Applied

Pourquoi ce sujet. Une User Story tient en trois lignes. Vue depuis l'habitude du cahier des charges, elle ressemble à une spécification bâclée, et la première réaction est de vouloir la compléter. Ce chapitre sert à montrer ce que ces trois lignes déclenchent, et ce qu'il faut mettre en face pour que ça marche. Tant que la card est lue comme un document incomplet, le reste ne tient pas : ni l'estimation relative, ni l'adaptation en cours de route.

À la fin de ce chapitre

  1. Dire ce que porte une card, et ce qu'elle ne porte pas.
  2. Nommer les 3 C et dire lequel produit le contenu.
  3. Écrire un critère d'acceptation à partir d'une phrase dite à l'oral.
  4. Dire pourquoi une card écrite de façon exhaustive pose un problème.
  5. Nommer ce que la conversation coûte, en temps et en présence.

Deux documents, deux fonctions

Le nœud. Trois minutes, puis on passe.

Une spécification décrit une solution à construire. Une User Story nomme un besoin dont il faut parler.

SpécificationUser Story
Ce qu'elle contientla solution, décriteun besoin, nommé
Qui l'écritune personne, seuleune personne, puis plusieurs
Longueurautant qu'il fautce qui tient sur une fiche
Ce qu'elle attend du lecteurqu'il exécutequ'il vienne en parler

La ligne « longueur » est celle qui surprend : la brièveté de la card est un choix d'écriture. Une fiche qui contient déjà toutes les réponses n'appelle personne.

Réflexe à examiner « Plus c'est écrit, moins on se trompe. »

Ce réflexe est fondé : quand un besoin est mal transmis, le travail part de travers et l'écrit sert de recours. Il produit des documents de plus en plus longs, relus de moins en moins.

L'agilité fait le pari d'écrire moins et de parler plus. Le pari ne tient que si la conversation a réellement lieu, et c'est là que ça casse en pratique.

Les 3 C

Ron Jeffries, 2001. Card, Conversation, Confirmation.

Jeffries écrit ces trois mots contre une confusion qu'il voyait déjà : traiter la card comme le livrable et s'arrêter là.

Le CCe que c'estQui est làCe qui reste après
Cardla fiche, trois lignescelui qui l'écritun titre et un rappel
Conversationon en parledemandeur et réalisateursune compréhension partagée
Confirmationles critères d'acceptationles mêmes, au même momentune liste écrite

Le contenu est produit au deuxième C. La card sert à provoquer le rendez-vous. Le troisième C écrit ce qui vient d'être dit.

Le point qui se perd le plus souvent : la Confirmation s'écrit pendant la Conversation, dans la même pièce, avec les mêmes personnes. Des critères rédigés après coup, seul, à partir de ses notes, redeviennent une spécification courte : la forme d'une US, le fonctionnement d'un cahier des charges.

Formulation à donner

Un critère d'acceptation se dit : « on saura que c'est bon quand… »

Il se vérifie. Il se répond par oui ou par non. « L'interface doit être ergonomique » ne se répond ni par oui ni par non, donc ce n'est pas un critère.

INVEST, six lettres pour tester une story

Bill Wake, 2003. La liste de contrôle qui dit si une story est prête à être embarquée.

Independent, elle se livre seule · Negotiable, elle reste discutable · Valuable, elle sert à quelqu'un · Estimable, l'équipe peut lui donner une taille · Small, elle tient dans un sprint · Testable, on sait dire quand c'est fini.

Deux lettres concernent ce temps. Le N dit que la card reste ouverte quand la conversation commence. Le T dit qu'une story sans critères d'acceptation est incomplète.

Le panier

Un exemple commenté montre ce que la conversation ajoute à une card.

Une card peut demander « gérer un panier ». La conversation fait apparaître les comportements attendus : ajouter un produit, voir le total, retirer un produit, changer une quantité et valider la commande.

Ce que ça coûte

La conversation a un coût réel, payé à chaque story.

Les personnes concernées doivent être disponibles au même moment. C'est le prix des 3 C.

Le document exhaustif a un avantage réel sur ce point : il s'écrit seul, il s'envoie, il n'immobilise personne. D'où la tentation d'y revenir dès que les agendas se remplissent.

Ce qu'on voitCe qui manqueCe que ça redevient
une card écrite par une personne, transmise sans réunionla Conversationune spécification courte
des critères rédigés après coup par le demandeurla Confirmation partagéeun cahier des charges tardif
une conversation sans personne qui puisse trancherla décisionune réunion à refaire

Ces trois situations sont ordinaires. Elles arrivent quand la conversation est comptée comme du temps perdu, alors que c'est le moment où le travail est spécifié.

Une équipe qui ne peut pas se réunir a besoin d'écrire davantage : sans la Conversation, la card seule est un document plus faible qu'une spécification. L'agilité déplace du temps, elle n'en fait pas gagner. Le temps de rédaction et de relecture passe dans la conversation, et une organisation qui coupe les deux perd les deux.

Pour aller plus loin